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Fenaison

Fenaison

Retours d’enfance…


A la mi-Mai déjà, seuls quelques champs étaient réservés à la pâtures, les autres à la fenaison. Le sol avait finalement laissé place à l’herbe haute, folle et diverse. La famille se mettait en ordre de bataille pour la saison des foins. Le père enfilait le costume de stratège.

Le pré en face de la maison était transformé pour l’occasion en plate-forme de machines agricoles – faucheuse, pirouette, andeineur et presse, un matériel sorti des granges pour deux mois dans l’année. Les hommes comme les machines devaient se tenir prêt, on entretenaient et retouchaient la mécanique laissé au silence et sommeil d’hiver.
Début Juin, le père de Joukami faisait taire les enfants à table, le chahut habituel ne devait pas nuire à l’écoute attentive de la météo. Les enfants baissent alors la tête, pour laisser passer ce que le téléviseur raconte. Une simple mouche dans la cuisine prenait toute l’attention de Joukami, qui ne donnait aucun sens à cette pré-vision. Il ressentait que son père les embarqueraient dans une aventure d’où il fallait revenir vivants !

Son père tapait d’un coup sec et unique sur le baromètre posé sur la fenêtre, un gros cylindre noir qui avait été offert à la famille par un oncle aviateur. Surtout interdiction formelle était faite aux enfants d’y toucher ! Histoire d’aiguiller sa propre pression atmosphérique, la mère demande fébrilement : alors Il monte ? Ainsi le père affine aux fils des heures les mouvements de troupe.

Lorsque le temps est fixé au beau, se pose alors la question fatidique : par où débuter le fanage ? Quelques champs étaient éloignés de l’exploitation de 5 ou 6 kilomètres. C’étaient souvent les premiers entrepris. De petites parcelles disparates qui demandaient de nombreuses manutentions. Le remembrement n’avait pas eu lieu dans cette commune et donc l’accès aux champs impliquait souvent le passage sur celui du voisin en fonction des premiers arrivés. Il fallait également être vigilent aux limites et bordures, il s’agissait de ne pas se faire voler un ou deux andains par le collègue. Le remembrement sur la commune des Joukami aura laissé des traces dans la famille, ou comment pour des lopins de terre en moyenne altitude, se détesterons à jamais des générations entières d’agriculteurs, un “progrès” géographico- administratif contre le lien social dans nos campagnes.

Tout était donc planifié. La veille au soir, on fait le plein du tracteur, on y attelle la faucheuse, rien n’est laissé au hasard, de toute façon celui-ci frappera quand même. Dans cette bataille les casses de matériel étaient légion, retardant les plans et son déroulement et ajoutant de la colère au taureau dans le corps de son père.

Au petit matin, Joukami entendait partir son père en tracteur et savait que la grande fenaison débutait enfin.

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