Youyou de quoi parle tu ? Essoufflée elle s’engouffre dans la cuisine et me lance : mon père m’a dit qu’il allait sortir dans 17 mois ! Elle revient de l’appel téléphonique mensuel avec lui.
C’est curieux comme la phrase de cette gamine est venue s’immiscer dans ma tête pendant des jours.
De quoi parle t-elle ? De l’apparition du héro au milieu du chemin ? du marche-pied quand tu t’élance et grimpe dans les arbres ? Dans ta fuite en vélo, entrevoie-tu sa silhouette au loin ? Il n’est d’ailleurs pas sûr que tu te précipiterais vers lui.
Youyou, tu ne le sais pas, mais le manuscrit n’existe pas et les menottes ne font pas la légende…
… mon père retire bruyamment son fauteuil, se lève du bout de la table et, claudiquant, il s’en va chercher une bouteille de vin oubliée dans le garage. Cette année encore j’ai voulu passé en « coup de vent » afin de les voir le lendemain de Noël. Quelques décorations, plutôt mal agencées dans la pièce froide qui résonne. Aucune odeur flotte dans la salle à manger, un morceau de bois dans le poêle, le silence…et c’est tout. Le temps sera long ! Ma mère en face de moi se lève et s’en va dans la cuisine, surveille le gratin du four, du coin de l’œil je la vois se baisser. Revenant du garage il m’adresse une banalité sur le père “Machin”, il est mort la semaine dernière, parfait inconnu ! Il est comme ça mon père, il pense à l’envers. Il se déplace et quand lui vient une idée, il la serre très fort contre lui pour venir la déposer sur la table. Le trajet ayant fait son travail, l’épaisseur n’y est plus. Il n’a jamais sût être branché sur “le direct”, un atome en suspension mais qui ratte sans cesse la combinaison chimique qu’il faudrait. C’est un « saisonnier de la conversation » ! Enfant, je n’étais ni l’hiver, ni l’été, ni aucune autre saisons d’ailleurs. Une sorte de permanence filiale qu’il n’arrivait pas à appréhender. C’est un ancien agriculteur préoccupé par l’anticipation à tout va. Ma mère, elle, aura été « son architecte », planifiant et faisant obtempérer. Aucuns mots chuchotés sur le « secret de mon père » mais une mise en garde pour mon frère diabétique, qu’il fallait absolument protéger. Le préserver des jeux de caches-caches et autres monstres bruyants. Nos jeux devaient donc être silencieux car un hypothétique « malaise » pouvait s’en suivre. Elle a fait de moi et de mon père une réserve de retenues, jusqu’à n’en plus pouvoir…. Noël s’arrêtera très vite cette année encore, pour une fois de plus m’éloigner d’eux.
Tu vois Youyou, il me semble que les promesses de pères, peuvent encore durer longtemps à l’aune du miel et de la douceur d’une mère…ou pas !